1741, année gastronomique?

C’est une des nouveautés de l’année à Strasbourg. Un Chiffre : 1741. Un chef: Thierry Schwartz. Un lieu: à mi-chemin entre le boudoir de Marie-Antoinette et les tables design. Les C&C ont testé le 1741.
Ici la salle ou plutôt les salles sont un concept à elles toutes seules. Le restaurant se répartit sur 3 niveaux en plusieurs petits salons-boudoirs (4 au total qui portent tous les noms des contemporains du Cardinal de Rohan, commanditaire du palais voisin et dont les travaux se sont achevés en….je vous le donne en mille: 1741).Carte gastronomique pour les boudoirs, déco «Marie-Antoinette a rencontré Valérie Damidot et elles sont allées faire une virée shopping chez Hermès Maison». C’est poudré, original, travaillé mais pas forcément la tasse de thé des C&C. Au delà des goûts et des couleurs, un vrai regret : la moquette grise qui montre déjà des signes de fatigue et qui vient dénaturer le joli colimaçon menant aux étages. Au 2e étage justement, on trouve la Cuisine de Thierry. Le bistro de la maison. C’est dans cette partie de l’établissement que les C&C ont mangé. Ici tout est blanc et noir.

black & white

Nous y sommes allés le soir. Côté ambiance, la nuit, cette salle qui se veut bistronomique c’est plutôt graphique et clinique. Une certitude, de jour ce resto au coeur de la ville doit prendre toute son ampleur:  la vue sur la vieille ville vient alors répondre aux murs qui reproduisent les façades de Strasbourg, un effet qui ne fonctionne pas la nuit. Si cette partie du restaurant s’appelle la cuisine de Thierry, c’est parce qu’on a vue sur la dite cuisine, une des tables est même collée à la vitre. Si vous êtes un peu gossip addict vous apprécierez les regards parfois agacés du chef, les troupes en toques au taquet et en bons derniers vous pourrez même vérifier que la cuisine est correctement nettoyée! Un côté aquarium qui ne manquera pas d’alimenter les conversations. En parlant de conversations, le grand bémol (si je puis dire) c’est le bruit. 16 couverts seulement mais une salle archi-bruyante. L’avantage : on n’entend pas les conversations de ses voisins noyées dans le brouhaha général, l’inconvénient: ça prend la tête. Sur la table : vaisselle Hermès, couverts black et verres à eau fumés. Côté service, la Cuisine de Thierry se veut le «Stammtisch» des lieux, alors pour inciter à la convivialité, on plaisante, on sourit, mais en même temps, il faut assurer un service classe qui colle au reste de la maison. Les serveurs sont bien briefés et sympathiques mais il manque peut être un ou une maître(sse) de maison pour donner le juste ton et la cohérence à l’ensemble.

cuisine aquarium

le menu du moment

Les C&C sont allés à Obernai chez Thierry Schwartz dès ses débuts, avant même l’étoile (ça fait frimeurs,mais c’est vrai). Et force est de reconnaître que c’est surtout pour les talents du chef qu’on a poussé la porte du 1741. Le soir la Cuisine de Thierry propose un menu à 57 euros en 4 plats. Pour commencer ce soir-là un concombre épineux aux tourteaux avec mayonnaise coriandre-citron vert. Un mariage juste et fin, Monsieur Choucroute aurait préféré sentir un peu plus la coriandre, Madame Churros a trouvé cette entrée délicieuse, simple, sans chichi, une entrée où on apprécie le goût de chaque élément. Ensuite un risotto de céréales aux cèpes. Si on peut se demander à quoi sert l’écume qui recouvre la préparation (just for fun?), l’idée et le goût ont ravi nos papilles. Le mélange céréales-cèpes était très bien trouvé. Monsieur Choucroute a trouvé la portion un peu petite mais il n’avait pas encore vu le jarret de veau qui nous attendait. Cuisiné en cocotte. Jus délicieux, viande fondante. Un régal. Un seul bémol et il émane cette fois de Madame Churros: étaient servis en accompagnement une carotte, un oignon confit et une échalote fondante. On aurait bien échangé l’oignon ou l’échalote avec un autre légume mais il s’agit de chipotage. En supplément au plat, nous nous sommes laissés tenter par le plateau de fromages. Une déclinaison de fromages corses fournis par la Maison Lohro et un brie à la truffe noire de la maison Baron Edouard de Rotschild à se damner. Pour finir, un dessert autour du Picon. Granité, amertume, agrumes et bière: de quoi faire saliver Monsieur Choucroute et fuir Madame Churros à qui on a gentiment proposé de remplacer le dessert prévu par un chocolat liégeois revisité. Cette fois, la «revisitation» se traduisait par une tuile en chocolat dans laquelle était déposée une boule de glace chocolat et une chantilly vanillée. Pas mauvais mais pas vraiment gourmand. Quant au Picon bière, une marmelade, surmontée d’un granité et d’une crème chantilly au Picon. Là encore trop d’air, trop d’amer et pas assez de gourmandises. Au final, la meilleure note sucrée fut la petite assiette de crèmes mignardises et ses mouillettes en pâte à choux servies avec le café.

un délicieux canneloni

céréales comme un risotto

jarret de veau et légumes

fromages

chocolat liégeois revisité

Une bonne cuisine et de bons vins. C’est l’autre bon point de la maison. Toujours dans l’optique de devenir une des références gastronomiques de Strasbourg, la maison a un sommelier et pour 24 euros, il vous propose 3 verres de vin, 1 bouteille et un café. Les vins sont choisis par ses soins et assortis au menu. Ce soir là un riesling 2007 Grand Cru Steinert de chez Pierre Frick, puis un Pernand-Verglesses, Les Combottes de Rapet Père et fils (Bourgogne blanc) et pour finir un Pessac-Léognan Château Valoux de 2002.
Si la salle est un peu froide la nuit et très bruyante, les salons un peu trop rococo(boy!!!) pour être raffinés et le service souriant et efficace mais encore en rodage, la cuisine et les vins sont au niveau de l’ambition affichée. D’excellents produits, beaucoup de travail dans les préparations et des plats parfaitement maîtrisés. Au final 57 euros (un budget certes) mais un bon rapport qualité prix. On y reviendra sans doute par exemple à midi où la formule à 37 euros pour le menu et 15 euros pour les boissons est sans doute une belle manière d’apprécier les lieux. Dernier détail: les C&C adeptes du tram et du vélo, avaient ce soir là emprunté la voiture de leur voisin, juste pour se la péter parce que la maison a un voiturier (ils sont finalement quand même un peu frimeurs ces C&C!).

1741 – 22 quai des bateliers 67000 Strasbourg
www.1741.fr
ouvert 7j/7
service voiturier

Une réflexion au sujet de « 1741, année gastronomique? »

  1. J’aurais bien aimé voir une photo de la composition avec « une carotte, un oignon confit et une échalote fondante », j’ai plein d’idées… En résumé, Monsieur Churros trouve « un peu petit » et Madame Choucroute « revisite »… une parabole de la vie, en somme!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>